12.11.06

Problème de langue

Je suis allé manger dans le quartier chinois hier soir et on a découvert une fois rendu au restaurant que c’était un «apportez votre vin». Dans cette circonstance, c’est le plus souvent le mâle qui, comme ses ancêtres qui chassaient le mammouth, doit partir en expédition au dépanneur pour ramener une bouteille.

C’est ce que j’ai fait... et quand je suis entré dans une petite épicerie chinoise, j’ai vraiment dû faire un effort pour demander EN FRANÇAIS au caissier: «Avez-vous du vin ?» Je croyais que j’allais devoir répéter ma demande en anglais, mais non. Le caissier m’a indiqué EN FRANÇAIS où se trouvaient ses bouteilles.

Comme bien des Québécois, j’ai le réflexe de «switcher» à l’anglais quand je m’adresse à des gens d’une autre origine. Je fais ça même avec ceux qui parlent espagnol, ce qui est complètement ridicule.

L’anglais a quelque chose de contagieux. Je n’aime pas particulièrement parler en anglais, parce que je n’aime pas particulièrement parler tout court, mais il m’arrive très souvent de D’ÉCRIRE dans ma tête en anglais. Je me prépare à rédiger un texte et il me vient des phrases en anglais – tout simplement parce que je lis beaucoup en anglais.

C’est un gros problème parce qu’au bout du compte, je vais devoir mettre tout ça en français. Or, passer d’une langue à l’autre est rarement une banale affaire de traduction. Le plus souvent, il faut modifier complètement la façon dont on aborde le sujet et qu’on le développe. Parce qu les deux langues n’offrent pas les mêmes possibilités.

L’anglais est une langue «objective». Sa grammaire permet de faire des juxtapositions grâce auxquelles on peut décrire la réalité sans inclure d’acteur humain dans la phrase. Un exemple: «It’s a voice activated door.» En français, on peut dire «C’est un porte contrôlée par la voix», mais c’est affreux. On peut dire aussi «C’est une porte à commande vocale», mais ce n’est pas tellement mieux. Le mot le plus important de la phrase devient un adjectif abstrait, vocal.

La solution, c’est d’inclure un être humain dans la phrase et d’utiliser des verbes actifs. Genre: «Cette porte s’ouvre quand on lui ordonne». «On» est le pronom le plus désincarné de langue française, mais il représente quand même quelqu’un qui fait quelque chose. En ce sens, on peut dire que le français est une langue plus «humaine» parce que sa grammaire exige presque la présence d’un être humain dans la phrase.

Le problème, c’est quand la porte devient un objet courant qu’on veut pouvoir identifier rapidement sans parler à la façon des amérindiens, genre: «Installe-moi une porte-qui-s’ouvre-quand-on-lui-ordonne». Il faut alors utiliser son imagination pour créer une expression qui fait image, quitte à beaucoup s’éloigner de l’expression anglaise originale, «voice activated door». Porte à voix? Porte-parole? Parloporte? Boulak?

J’aime bien «boulak» parce que ça souligne qu’un mot, c’est juste une convention, un groupe de syllabes auquel on donne un sens arbitraire. L’important, c’est qu’on s’entende sur sa signification.

Ce travail d’imagination est essentiel à la survie du français. Sinon, on va se retrouver dans un monde rempli d’objets et de réalités dont on ne pourra pas parler en français faute de mots. Alors on va «switcher» à l’anglais.

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